EROMANIA

EROMANIA HISTORY X
création février 2019

 

Un camgirl en Roumanie c’est avant tout …

Une femme.

Une femme roumaine.

Une femme roumaine qui se déshabille.

Une femme roumaine qui se déshabille, simule des actes sexuels et discute.

Une femme roumaine qui se déshabille, simule des actes sexuels et discute devant une caméra.

Une femme roumaine qui se déshabille, simule des actes sexuels et discute devant une caméra sur internet.

Une femme roumaine qui se déshabille, simule des actes sexuels et discute devant une caméra sur internet en direct.

Une femme roumaine qui se déshabille, simule des actes sexuels et discute devant une caméra sur internet en direct devant d’autres gens qui l’observent.

Une femme roumaine qui se déshabille, simule des actes sexuels et discute devant une caméra sur internet en direct devant d’autres gens qui l’observent et qu’elle même peut observer.

Une femme roumaine qui se déshabille, simule des actes sexuels et discute devant une caméra sur internet en direct devant d’autres gens qui l’observent et qu’elle même peut observer et qui viennent de tout les pays du monde.

Une femme roumaine qui se déshabille, simule des actes sexuels et discute devant une caméra sur internet en direct devant d’autres gens qui l’observent et qu’elle même peut observer et qui viennent de tout les pays du monde et qui payent beaucoup d’argent pour ce « service ».

 

LE MIROIR ET SON DOUBLE

Être payé pour être vu de partout : un projet (géo)-politique  

Aucun métier ne raconte mieux la globalisation 2.0  que celui de la camgirl en Roumanie. Tant au regard de la circulation de l’argent qu’il implique que du dispositif technique qu’il invente (qui l’invente aussi) et enfin de l’organisation et la structuration qu’il a stimulé dans un pays encore hagard des années post Ceausescu.

Ces femmes exerçant ce métier – qui consiste en des conférences vidéo à caractère érotique ou pornographique privées et tarifées à la minute, sont rarement des amatrices se filmant seules avec leur webcam. En Roumanie, elles travaillent essentiellement depuis des studios qui les forment, leur assurent une certaine visibilité, et suivent de près leurs activités : c’est que ce business est florissant, et prend depuis quelques années le pas sur l’industrie du porno en berne.

Si une camgirl roumaine gagne seulement neuf pour-cent des revenus qu’elle génère, cela représente pourtant près de 6.000€, soit dix fois le salaire moyen du pays.

C’est dire la profonde ambiguïté de la position de ces femmes, qui accèdent, grâce à une pratique vue comme déshonorante par une société roumaine assez conservatrice, à un confort et une autonomie enviables.

 Être payer pour voir : contour d’un projet anthropologique

A cela s’ajoute l’expérience très particulière du monde globalisé que leur apporte cette activité : les camgirls sont regardées, mais elles regardent aussi ces membres connectés depuis les quatre coins du globe. Via cet échange érotique ou pornographique, qui peut atteindre une forme d’intimité avec les clients fidèles, elles sont témoins d’un certain état du monde, à la fois dans sa diversité géographique et ses traits anthropologiques les plus essentiels (la sexualité, le désir, la solitude).